Assurance vie : les épargnants bientôt obligés d’investir dans les entreprises ?

23 Aug 2016
PAR NICOLAS PEYCRU

La candidature d’Arnaud Montebourg à l’élection présidentielle de 2017, officialisée le 21 août dernier à l’occasion de la 44ème Fête de la Rose organisée à Frangy-en-Bresse, n’a pas été franchement une surprise. Si l’ex-ministre du Redressement productif avait annoncé fin 2014 son retrait de la vie politique quelques mois après sa démission du gouvernement Valls, ses ambitions élyséennes étaient un secret de Polichinelle. En revanche, ce qui était moins connu, c’était l’intérêt de l’homme à la marinière pour les produits financiers et plus particulièrement pour l’assurance vie.

Dans son discours-fleuve de Frangy prononcé devant un millier de sympathisants, Arnaud Montebourg a proposé qu’entre 10% et 20% du placement préféré des Français soient obligatoirement investis dans les petites et moyennes entreprises (PME) situées sur le territoire national. L’encours de l’assurance vie se situant à plus de 1.500 milliards d’euros, « ce sera au minimum 150 milliards en cinq ans qui vont enfin s’investir dans l’économie française », calcule l’ancien locataire de Bercy. Et de conclure : « notre épargne, nos économies doivent servir aux PME Made in France ».

Ce n’est pas la première fois que les hommes politiques souhaitent utiliser l’énorme matelas de l’assurance vie pour financer l’économie « réelle ». On se souvient des « DSK », puis des « NSK », des contrats comprenant une part en actions, lancés respectivement par Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy lors de leur passage au ministère des Finances. A la suite de la publication du rapport Berger-Lefebvre, l’Euro-croissance et le Vie-génération ont été créés, là encore dans le but de flécher le bas de laine des Français vers le financement des PME. Plus récemment, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a présenté une unité de compte (UC) dont la sortie est réalisée non pas en capital, mais en titres d’entreprise.

Si le fond de la proposition d’Arnaud Montebourg n’est donc pas nouveau, la forme, elle, est novatrice. Alors que ses prédécesseurs utilisaient la carotte (des avantages fiscaux supplémentaires, la perspective de meilleurs rendements) pour promouvoir leurs produits, l’ex-ministre n’hésite pas à brandir le bâton (l’obligation légale). Il est vrai que les DSK, NSK et autre Euro-croissance n’ont pas remporté le succès escompté. Quant à l’UC Macron, elle est réservée aux seuls épargnants fortunés. Les Français ne veulent pas intégrer d’actions dans leur assurance vie ? Obligeons-les à le faire !

On reconnait bien les méthodes quelque peu brutales du trublion qui voulait nationaliser les hauts-fourneaux de Florange ou qui a bloqué la vente du Français Dailymotion à l’Américain Yahoo ! au nom du patriotisme économique. Reste qu’en matière de finance, tout n’est pas permis. Compte tenu des règles européennes, il n’est pas possible d’avantager les entreprises localisées dans un Etat membre en particulier. Pour pouvoir s’appliquer, l’obligation Montebourg devra donc être étendue aux actions et titres des sociétés situées dans toute l’Union européenne.

Autre frein : comme les 10% à 20% d’actions semblent également concerner les fonds en euros garantis, les assureurs vie tricolores vont devoir beaucoup provisionner pour honorer leurs engagements en cas de moins-values. Ce qui pourrait grandement les fragiliser. Un comble ! Mais le plus gros danger pourrait venir des épargnants français eux-mêmes. Compte tenu de leur légendaire aversion au risque, nos concitoyens pourraient massivement racheter leur assurance vie et transférer leurs fonds dans des placements sécurisés comme le Livret A ou le PEL. Soit le contraire de l’objectif recherché par Arnaud Montebourg.

Auteur – Nicolas Peycru

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