Investir dans un cheval de course : faut-il vraiment se lancer en 2026 ?

15 févr. 2026
PAR NICOLAS PEYCRU

Depuis quelques années, les investissements dits “alternatifs” sortent du cercle des initiés. Après le vin, les forêts ou les œuvres d’art, un nouveau sujet intrigue certains épargnants en ce début 2026 : investir dans un cheval de course… sans être milliardaire ni propriétaire d’écurie.

Derrière l’image glamour des hippodromes se cache en réalité un modèle d’investissement fractionné, accessible à partir de quelques milliers d’euros. Mais est-ce vraiment un placement ? Pour qui ? Et surtout, est-ce pertinent dans une stratégie patrimoniale sérieuse ?

Prenons le temps de regarder cela avec recul, chiffres à l’appui.

Un marché bien réel… mais très spécifique

Le secteur des courses hippiques est loin d’être anecdotique.
En France, il représente plus de 2 milliards d’euros d’activité, avec un segment des ventes de pur-sang dépassant 220 millions d’euros, dont plus de 90 millions pour les seuls yearlings.

Au niveau international, les ventes aux enchères de chevaux de course approchent désormais les 4 milliards d’euros, portées notamment par des acheteurs du Moyen-Orient et d’Asie.
Certaines ventes ont même battu des records historiques en 2024 et 2025.

Autrement dit : il existe un vrai marché, structuré, avec ses professionnels, ses cycles et ses logiques économiques.

Mais cela ne suffit pas à en faire un placement classique.

Le principe : investir dans une écurie plutôt que dans un cheval

Aujourd’hui, l’investisseur n’achète généralement pas un cheval en direct.
Il devient actionnaire d’une société d’élevage ou de valorisation équine.

Le modèle économique repose souvent sur deux axes :

  • L’achat de juments reproductrices, dont les poulains seront revendus aux enchères.

  • Le “pinhooking”, qui consiste à acheter de jeunes poulains, les valoriser quelques mois, puis les revendre.

L’horizon d’investissement est généralement de 3 à 5 ans, avec une espérance de rendement annoncée autour de 8 % à 10 % par an dans les scénarios favorables.

Mais attention : il ne s’agit pas d’un produit financier régulé classique, ni garanti.

Une logique patrimoniale… ou un investissement plaisir ?

C’est là qu’il faut être très clair.

Investir dans les chevaux s’apparente davantage à ce que j’appelle un placement “satellite” qu’à un pilier de patrimoine.

Un bon parallèle est celui du capital-investissement ou du financement de start-up :

  • Liquidité faible (on ne revend pas quand on veut).

  • Visibilité limitée.

  • Dépendance forte à l’expertise de l’opérateur.

  • Résultat incertain.

Un cheval peut devenir champion… ou ne jamais performer.

Le risque de perte en capital est réel.

Exemple concret d’allocation patrimoniale

Prenons le cas d’un épargnant de 45 ans disposant de :

  • 150 000 € en immobilier,

  • 80 000 € en assurance-vie,

  • 40 000 € en PEA,

  • 20 000 € de trésorerie.

Dans cette configuration, investir 2 000 € à 5 000 € dans un projet équin peut avoir du sens :

  • Cela représente moins de 3 % du patrimoine.

  • L’échec n’impacte pas la sécurité financière.

  • L’investissement apporte diversification et expérience.

En revanche, y consacrer 20 000 € serait une erreur stratégique.

Quelle fiscalité faut-il anticiper ?

La fiscalité dépend de la structure juridique utilisée.

Dans la majorité des montages :

  • L’investisseur détient des actions de société.

  • La sortie relève donc de la fiscalité des plus-values mobilières.

  • Soit le Prélèvement Forfaitaire Unique de 30 %,

  • Soit l’imposition au barème si cela est plus favorable.

Il n’y a généralement pas d’avantage fiscal à l’entrée, contrairement à certains dispositifs immobiliers ou au private equity.

C’est donc un investissement économique, pas fiscal.

Les vraies questions à se poser avant d’investir

Avant de signer, il faut accepter une réalité simple :

Vous n’investissez pas dans un cheval.
Vous investissez dans une filière, une équipe, un savoir-faire.

Les points à vérifier sont essentiels :

  • Historique des performances de l’opérateur.

  • Transparence des frais.

  • Modalités de sortie.

  • Nombre d’investisseurs (souvent limité à moins de 150).

  • Gouvernance du projet.

  • Réalité des actifs détenus.

C’est exactement la même logique d’analyse que pour un fonds non coté.

Pour quel type d’investisseur cela peut fonctionner ?

Ce type d’investissement peut être pertinent pour :

Les épargnants déjà structurés patrimonialement.
Ceux qui recherchent de la diversification hors marchés financiers.
Les profils curieux des actifs tangibles et du non coté.
Les investisseurs capables d’immobiliser une somme plusieurs années.

En revanche, ce n’est absolument pas adapté :

Aux personnes recherchant du rendement régulier.
À ceux qui ont besoin de liquidité.
Aux patrimoines encore en construction.
À ceux qui espèrent un gain rapide.

En 2026 : un investissement de niche, pas une révolution patrimoniale

Dans un contexte où les taux restent incertains, où les marchés actions demeurent volatils et où l’immobilier cherche un nouveau souffle, ces solutions alternatives attirent naturellement l’attention.

Mais il faut garder la tête froide.

Investir dans un cheval de course ne remplacera jamais une assurance-vie, un PER, des actions ou de l’immobilier.

En revanche, bien utilisé, cela peut devenir :

Un outil de diversification marginal.
Une expérience patrimoniale différente.
Un investissement “plaisir maîtrisé”.

Et en gestion de patrimoine, la règle reste immuable :

On sécurise d’abord. On diversifie ensuite. On ouvre éventuellement la porte à des investissements plus atypiques, mais toujours de façon mesurée.

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