assurance vie

19 nov. 2018
PAR NICOLAS PEYCRU

Sur le papier, l’événement semblait alléchant. Le 5 juillet 2016, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron devait présenter en grandes pompes à Bercy le premier contrat d’assurance vie « capital-investissement ». Au final, le raout au septième étage de l’Hôtel des ministres s’est avéré très décevant (sauf pour la vue imprenable sur la Seine).

En lieu et place du « nouveau » contrat d’assurance vie espéré, il s’agissait tout bêtement d’une nouvelle unité de compte (UC) lancée par Axa. Pendant que Thomas Burberl, le nouveau PDG d’origine allemande de l’assureur vantait les mérites de son produit dans un français plutôt approximatif, le parterre d’invités s’étonnait de ce gros coup de publicité orchestré par la compagnie avec le soutien au plus haut niveau de l’Etat.

Certes, il s’agissait de célébrer la première UC qui mettait en pratique l’article 137 de la loi croissance du 6 août 2015, défendue par un certain… Emmanuel Macron. Soit la possibilité pour une société d’assurance de proposer une sortie en titres d’entreprise. Les assureurs peuvent déjà proposer du capital-risque dans le cadre de l’assurance vie. Toutefois, ce marché étant essentiellement constitué de parts dans des entreprises non cotées et donc difficile à vendre, peu d’entre eux prennent un tel risque.

Alors que le code des assurances impose le versement du capital dans les deux mois suivants un rachat, le manque de liquidité de cette classe d’actifs leur fait trop peur. D’où l’idée d’un rachat en titres et non plus en capital. Le risque de liquidité n’est plus porté par l’assureur, mais par l’assuré. En clair, à l’issue d’un retrait, c’est à ce dernier de trouver un acheteur. Et tant pis pour lui, s’il se retrouve avec ses titres sur les bras !

De quoi effrayer l’épargnant « de base ». Du côté de Bercy comme chez Axa, on souligne que ce produit est destiné à la clientèle fortunée qui peut se permettre de prendre des risques. La fameuse UC sera proposée uniquement dans les contrats d’assurance vie haut de gamme de l’assureur distribués par les réseaux des banques privées et des gestionnaires de patrimoine.

Le ticket d’entrée s’élève à 100.000 euros. Et comme la sortie en titres ne peut pas représenter plus de 10% de l’encours, cela signifie que l’unité de compte ne pourra être souscrite que dans les contrats d’au moins 1 million d’euros. Pas l’assurance vie donc de monsieur et madame Tout-le-monde.

Au point que l’on se demandait au dernier étage du « péage d’autoroute » (comme François Mitterrand avait surnommé Bercy) pourquoi organiser un tel barouf pour un produit de niche. L’enveloppe de l’UC étant fixée à 40 millions d’euros, cela signifie que le support pourra être souscrit au maximum par 400 assurés. On est loin de la foule de Français investissant, comme un seul homme, dans l’économie « réelle ».

A cette remarque, les représentants d’Axa rétorquent que si l’UC rencontre du succès, l’assureur pourrait en commercialiser d’autres du même type. Quant à Emmanuel Macron, le ministre a promis que d’autres assureurs allaient « dans les mois, voire dans les semaines à venir » proposer à leur tour des unités de compte avec sortie en titres.

Etrangement, le locataire de Bercy a omis de parler de l’initiative de CNP Assurances. Le 28 juin 2016, soit une semaine jour pour jour avant la présentation de l’UC d’Axa, le premier assureur vie français a lancé une unité de compte investie sur des fonds de capital-risque. L’enveloppe atteint, cette fois-ci, 50 millions d’euros. Autre différence notable : l’UC de CNP propose une sortie en capital. C’est l’assureur qui assume ici le risque de liquidité.

Chez Axa, on fait remarquer mezza voce qu’en cas de non vente ou de moins-value sur les titres, la perte sera couverte par l’actif général de CNP, c’est-à-dire par les clients de l’assureur. En d’autres termes, les « petits » épargnants paieront pour les « gros ». L’entourage d’Emmanuel Macron reconnaissait, de son côté, ne pas avoir été mis au courant du lancement de l’UC de CNP. Pour rappel, le leader tricolore des assurances de personnes est détenu à près de 42% directement ou indirectement (via la Caisse des dépôts) par l’Etat français. La sauterie du 5 juillet à Bercy était décidément très déconcertante.

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