Vers une réorientation des produits d’assurance

19 nov. 2018
PAR NICOLAS PEYCRU

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau qui est également le Président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) encourage la conception de nouveaux produits d’épargne. C’était dans le discours qu’il a prononcé lors de la 8e Conférence internationale de l’assurance, le 14 octobre dernier. Il estime que la baisse de la rémunération des fonds en euros est insuffisante par rapport à la chute des taux d’intérêt. Ainsi, une réorientation des produits d’assurance est selon lui nécessaire. Ces derniers doivent être axés sur la sécurité du capital sur le long terme. 

François Villeroy de Galhau s’est accentué sur la diversification des produits d’épargne. Il s’agit selon lui d’un sujet qui mérite qu’on s’y attarde avec cette baisse de taux d’intérêt. Il explique qu’en 2015, plusieurs assurés se sont orientés vers des produits en unités de compte. La collecte nette a doublé par rapport à 2014. Elle a atteint 11,4 milliards d’euros. Or, il existe d’autres moyens de diversifier les produits d’épargne autre que les contrats en unité de compte. 

Selon le gouverneur de la Banque de France, une réflexion collective est nécessaire quant à la réorientation de l’épargne des Français. Cette réflexion doit se porter sur une meilleure allocation des ressources vers le financement de l’investissement productif et les attentes des épargnants. Les motivations des épargnants ont grandement évolué. Avec l’allongement de la durée de vie, ces derniers attachent beaucoup plus d’importance sur l’aspect sécurité des placements que sur leur liquidité. De ce fait, il serait selon lui tout à fait juste de proposer aux épargnants de nouveaux produits d’épargnes moins liquides. Ces produits devront protéger le capital sur le long terme tout en proposant un meilleur rendement des actions sur le long terme.

 

Faire face aux évolutions défavorables

 Le rôle de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) est de veiller à ce que les organismes d’assurance fassent preuve de vigilance quant aux évolutions défavorables. Ceux-ci doivent envisager des mesures avant-gardistes. Selon François Villeroy de Galhau, l’ACPR a demandé aux assureurs dans le cadre de l’exercice de préparation à l’évaluation interne des risques (ORSA) d’anticiper l’impact des taux bas prolongés sur leur solvabilité, leur équilibre financier et le respect de leurs engagements. Par ailleurs, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP) procède à un exercice d’évaluation des effets du taux bas à l’échelle européenne. Les autorités françaises ont pour projet d’étendre les pouvoirs du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) au secteur de l’assurance, et ce, dans le but de mieux protéger les droits des assurés et d’assurer une protection infaillible de l’épargne des Français dans les situations où la stabilité financière est menacée.

Selon le gouverneur de la Banque de France, la politique monétaire n’est pas la seule à être influencée par la baisse du taux d’intérêt. L’épargne n’est pas en reste. Toutefois, cette baisse n’a pas que des effets néfastes. Elle entraîne un certain nombre de bénéfices qu’il convient de prendre en considération. Il explique que si la Banque centrale européenne (BCE) n’avait pas pris la décision de baisser le taux d’intérêt, le taux d’inflation serait plus bas et il y aurait le risque de déflation. Cette situation aurait directement impacté sur la croissance en France et en Europe. Les banques aussi bien que les assureurs auraient pu être pénalisés.

 

La vigilance est de mise

 François Villeroy de Galhau est convaincu que la baisse de taux aurait des effets positifs sur le bilan des assureurs. Il précise qu’il y a eu une hausse importante des plus-values latentes sur les titres achetés par le passé soit un total de 271 milliards d’euros en 2015. Toutefois, il soutient qu’il est quand même nécessaire que les autorités de régulation fassent preuve de vigilance. Le secteur de l’assurance doit s’adapter à cette situation. L’assurance-vie est considérée comme le placement phare en France soit avec un encours moyen par habitant de plus de 24 000 euros.

La baisse de taux a un impact sur la rentabilité des organismes. Les rendements des titres entrant en portefeuille sont inférieurs aux taux servis sur les polices d’assurance. Pour inverser cette tendance, les organismes d’assurance se sont engagés à baisser les taux servis aux assurés, précise le gouverneur. La réduction a été en moyenne de 25 points de base en 2015 par rapport à l’année dernière. Cette baisse n’est cependant pas comparable à celle du rendement des obligations assimilables du Trésor français (OAT).

 

La réforme du cadre réglementaire

 Le gouverneur de la Banque de France s’est également attardé sur la réforme du cadre réglementaire du secteur de l’assurance soit l’implémentation de la Solvabilité 2. Cette directive est entrée en vigueur au début de 2016. Son objectif était de procéder à la refonte du cadre de régulation de l’assurance. Pour François Villeroy de Galhau, cet exercice était élémentaire car le cadre antérieur datait des années soixante-dix et était dépassé. Il ne pouvait pas évaluer la vraie nature des risques tels que les exigences en capital. Le nouveau cadre réglementaire inclut des obligations de gouvernance, de coopération entre superviseurs européens et de transparence. La directive Solvabilité 2 promeut la liberté d’investissement. Le cadre réglementaire sera simplifié. L’objectif de cette directive est de permettre aux assureurs de rester un vrai levier de financement de l’économie française et européenne. Le secteur de l’assurance est le principal investisseur institutionnel de l’Union européenne avec un investissement d’environ 9 800 milliards d’euros en 2015. Toutefois, selon les explications du gouverneur, les autorités concernées travaillent sur une série de mesures, afin de permettre à une implémentation progressive de la directive Solvabilité 2.

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