Investir dans un PERP, malin ?

18 Feb 2015
PAR NICOLAS PEYCRU

En naviguant sur le web, je suis tombé sur choisirsonperp.com. Bonne excuse pour écrire cet article et vous faire redécouvrir ce grand classique de la gestion de patrimoine. Ce placement hautement plébiscité lors de son lancement en 2003 puis oublié des Français semble être sur le retour. 2,2 millions de PERP en action en 2013 tout de même. Mais que vaut vraiment le Plan d’Epargne Retraite Populaire ? On va voir ça tout de suite.

Le concept du PERP

Le PERP est un placement d’épargne de long terme destiné à créer un complément de rente une fois la retraite arrivée ou à partir de 62 ans. On peut en ouvrir un (plusieurs) auprès de banques ou d’assureurs tant que l’on est professionnellement actif.

La rente créée à terme peut être annuelle ou mensuelle. C’est une rente viagère calculée selon le montant de l’investissement (bien entendu) mais aussi selon la table de mortalité en cours, selon les frais de versements prévus par le contrat, des conditions de sortie... En effet, la sortie peut aussi se faire partiellement en capital (maximum de 20%) puis suivie de cette rente viagère. Exception faite de particuliers qui souhaiteraient acquérir leur première résidence principale, dans ce cas alors et seulement, la sortie du contrat pourrait être effectuée uniquement en capital.

Durant toute la phase d’épargne, le capital (et les intérêts générés) sont bloqués et ne peuvent être utilisés qu’en cas de véritable coup dur prévu par la loi (qui sont peu nombreux il faut le dire) : invalidité, décès du conjoint, fin des allocations chômage ou encore liquidation judiciaire d’une activité libérale.

Il peut être décidé d’inscrire au contrat un bénéficiaire, conjoint ou non qui bénéficierait de la rente en cas de décès prématuré du souscripteur, à 60% ou en totalité. C’est la clause de réversion (qui impacte le rendement du contrat).

PERP

La fiscalité du PERP

Si le placement ressemble pour le moment à une assurance-vie bloquée, c’est sur ce point précis de la fiscalité que le PERP se démarque. Il est, en effet, possible de déduire les versements effectués sur son PERP de son revenu global (dans une certaine limite) et de diminuer ainsi son imposition sur le revenu. Ce mécanisme rend bien entendu le PERP d’autant plus alléchant pour des particuliers fortement fiscalisés (30% de TMI mais surtout 41% et 45%).

Il est possible de placer sur son PERP autant que voulu mais la déductibilité dépend de montants stricts. Les sommes déductibles ne peuvent dépasser 10% des revenus professionnels de l’année précédente nets de frais et de cotisations sociales, dans la limite de 8 Plafonds Annuels de la Sécurité Sociale. Je traduis le jargon, en 2014 il était donc possible de déduire au maximum 29 626€ par foyer fiscal si tant est que cette somme ne dépasse par les 10% requis. A l’inverse, en guise de plancher, tout particulier peut déduire 10% du PASS de l’année en cours (soit 3 703€) versés sur son PERP même si les revenus professionnels sont inférieurs. Autre point, cette « enveloppe de déduction » est reportable durant trois ans si elle n’a pas (entièrement) été utilisée.

Vous que le calcule rebute, l’administration fiscale ne vous oublie pas ! Vous trouverez sur votre dernière page d’avis d’imposition la quantité de « déductibilité » disponible pour votre contrat PERP. Méfiance uniquement, cette enveloppe est commune au placement Madelin Retraite, ne vous faites pas avoir !

Parlons ISF également. L’administration fiscale part du principe que le contrat n’est pas rachetable lors de la phase de cumul de l’épargne. A ce titre, les sommes investies sur le PERP sont donc à déduire de l’assiette imposable à l’impôt sur la fortune. Pour que la valeur de capitalisation de votre rente viagère puisse aussi être exonérée d’ISF à terme, le contrat doit avoir été ouvert plus de 15 ans avant et les virements doivent y avoir été réguliers.

Le PERP constitue donc une sorte de niche fiscale, exception faite de la rente elle-même qui est imposable à l’impôt sur le revenu.

Les rendements du PERP

Pas fameux je préfère vous prévenir tout de suite (oui, spoiler !). Une explication d’abord. Comme pour un contrat d’assurance-vie, il est possible de choisir l’orientation de son épargne vers les fonds en euro, vers des unités de compte ou les deux (via un contrat multisupport). Néanmoins, en cas d’option pour les unités de compte (en partie ou totalement), il est automatiquement prévu que les fonds ne soient pas progressivement sécurisés sur un fonds euro à mesure que la date de conversion en phase de rente approche. Par exemple, 90% du contrat sera arbitré en fonds euros à A-2 de la sortie en rente. Il est toutefois possible, pour ceux qui ne sont pas averses au risque, d’obtenir le maintien en UC via une demande express auprès de la banque ou de l’assureur.

Pour ce qui est des fonds en euro, moral en berne ! Les rentabilités sont historiquement faibles, les fonds euros PERP tendent en plus à faire encore moins bien que ceux des assurances. Inutile d’espérer en ce moment mieux qu’un petit 3% (avant frais en plus). Face à d’autres placements à fonds bloqués (euro-croissance par exemple, ou la tontine), les rendements sont exceptionnellement bas. L’avantage réside vraiment dans la déductibilité des sommes versées.

Concluons sur le PERP

Je vais être moins tranché que d’habitude, disons pourquoi pas, mais pas n’importe quand. Trop tôt c’est « sacrifier » pour du long terme de l’argent dont on pourrait vraiment avoir besoin sur un placement peu rémunérateur. Trop tard, c’est se créer une rente annuelle de quelques euros supplémentaires... En effet, inutile de « gonfler » son PERP juste avant la retraite puisque les sommes investies dépasseraient probablement les plafonds de déductibilité. Pensez-y à 10 ou 15 ans de votre retraite, surtout si vous êtes fortement imposé (30% mais surtout au delà). Dernier conseil, attention aux frais sur ce type de support ! Renseignez-vous bien et laissez-moi vos coordonnées pour un choix de PERP pertinent.

Auteur - Nicolas Peycru

 

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