Investir dans les produits labellisés ISR, malin ?

04 août 2020
PAR NICOLAS PEYCRU

L’offre socialement responsable ou solidaire (ISR) s’enrichit progressivement dans divers secteurs. Après l’assurance vie, ce sera bientôt au tour des fonds immobiliers (SCPI-OPCI) d’avoir accès au label à partir du 23 octobre 2020.  Effet de mode ou tendance de fonds ? Comment l’investisseur doit-il aborder une telle évolution ? Voici un gros plan du label. 

Qu’est-ce que le label ISR ?

Le label ISR est un outil qui permet le choix d’un placement à caractère responsable et durable. Introduit par le ministère des Finances, le label promeut les produits d’investissement socialement responsables (ISR) auprès des particuliers en France et en Europe.

Un investissement ISR cherche à réunir performance économique et action social et environnemental. La procédure consiste notamment à investir dans des entreprises contribuant au développement durable. L’ISR concerne tous les secteurs d’activités et est attribué à la fin d’une procédure stricte de labellisation. Le processus est mené par des agences autonomes et le label est finalement attribué après un audit externe.

 

La transition du secteur économique

Le statut ISR fait partie d’un plus grand mouvement : celle du verdissement du secteur financier. Entre 2010 et 2019, 5,7 millions d’euros ont été investis dans les cleantech. C’est alors que plus de 750 millions d’euros ont été désinvestis du charbon durant la même période. D’ailleurs, ce statut occupe une place importante dans l’agenda de l’État et des sociétés de gestion. À titre d’exemple, on note les dernières dispositions de la loi Pacte. Principalement introduites afin de soutenir la transition économique et solidaire, les dernières mesures ont voulu apporter plusieurs précisions sur les pratiques d’épargne et de gouvernance. Par exemple, les contrats d’assurance vie labellisés “ISR” doivent contenir soit un support labellisé ISR ou Greenfin (transition énergétique et écologique), soit un fonds solidaire. À partir de 2022, ils devront offrir chacun de ces trois supports.

 

Quel intérêt ?

Le label ISR sert de garantie sur les mesures mises en place dans l’analyse extra-financière des sociétés. De plus en plus recherché par les investisseurs, le label ISR atteste si un fonds est durable et/ou solidaire. 

Certains épargnants l’utilisent afin d’identifier les actions qui correspondent à leurs convictions. Ils peuvent, par exemple, privilégier leurs investissements dans des sociétés possédant un bon bilan environnemental car ils ne veulent pas que leur capital participe au changement climatique. Les « millennials » sont les principaux acteurs dans un tel contexte. Leurs modes de consommation changent. La sélection de produits bio et de circuits courts indiquent clairement un style de vie privilégiant au maximum le respect de l’environnement. Aujourd’hui, ce sont les individus de cette génération qui transmettent leur savoir à leurs ascendants. Ce statut font d’eux une cible de choix pour les startup et les institutions financières. 

L’investissement ISR peut aussi revêtir un intérêt économique. Bon nombre d’investisseurs maintiennent que les normes environnementales et sociales ont un effet positif à ce niveau. En effet, le non respect des critères environnementaux, le mauvais traitement du personnel ou encore une  mauvaise gestion ont tendance à affaiblir le statut financier des entreprises. 

Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ne sont pas forcément l’exclusif d’un plan d’investissement. Le contraire est tout à fait plausible. En effet, un épargnant peut aussi désinvestir en clôturant ses positions sur certains actifs car ces derniers affichent de mauvais rendement selon les normes de l’investissement socialement responsable. L’individu vend alors ses actions dans une société dès lors que celle-ci commence à faillir certains tests environnementaux.

 

Les pièges du Greenwashing

En transformant une fraction, voire tout l’ensemble de leurs portefeuilles à l’ISR, les gestionnaires formulent la promesse d’une vente dédiée à la contribution au développement durable. Toutefois, un fonds présenté comme durable est-il vraiment durable ? Il est difficile pour un investisseur de bien l’évaluer alors même que le vocabulaire en la matière est loin d’être définitif. Les institutions utilisent des termes parapluies comme éthique, responsable, impact ou encore ESG. En réalité, le label ISR n’apporte aucune précision sur la qualité de la constitution du fonds en fonction de vos idéaux. Il convient ainsi de vérifier l’engagement de la société de gestion en prenant directement contact avec eux.

Cette démarche implique également le partage d’informations dans des rapports. Ceux-ci doivent présenter en détail la contribution environnementale et/ou sociale des sociétés dans lesquelles vous investissez. 

Quelles performances ?

Les avis sont partagés. Récemment en Belgique, 76% des fonds supposés "durables" ont été cotés 0/10 par le réseau Financité. Généralement, l’ISR comporte une performance comparable à celle des autres produits financiers. En avril 2019, les rapports affirmaient que les fonds ISR s’en sortaient mieux, avec des performances supérieures de 8 à 15% par rapport à leurs indices de référence. 

 

Le placement durable en chiffres...

Nul doute que la finance responsable a bien pris de l’ampleur. À la fin 2019, l’encours de la gestion investissement responsable s’établissait à 1 861 milliards d’euros contre 1 458 milliards d’euros en fin 2018.  À cette même période, le label Investissement Socialement Responsable (ISR) était présent sur 455 fonds, soit le double de 2018. Aujourd’hui, le capital ISR se chiffre à 166 milliards d’euros et les assureurs français en possèdent 43%. En outre, le label Greenfin est affiché sur 45 fonds. La somme totale investie fait près de 14 milliards d’euros.



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