Entreprise française : pourquoi l’externalisation ?

07 sept. 2017
PAR NICOLAS PEYCRU

Entreprise française : pourquoi l’externalisation ?

Tendance en plein essor, l’outsourcing ou externalisation des ressources est devenue une pratique assez courante dans le paysage professionnel. Selon l’Observatoire Cegos, l’outsourcing demeure en effet en continuelle expansion sur le territoire français. Rien qu’au premier trimestre 2014, on recensait déjà près de 630 millions d’euros de contrats signés. Si cette pratique devient de plus en plus courante, elle n’est pas sans risques cependant. Sommaire donc des avantages et inconvénients que comporte une telle opération.

Avantages                                                   

Tout d’abord, le plus grand bénéfice de l’externalisation est l’économie considérable en coûts qu’elle permet. Bien souvent, l’externalisation se fait vers des sociétés dont l’avantage concurrentiel est principalement le coût de la main d’œuvre : les charges de personnels sont beaucoup plus faibles à l’étranger (dans des pays tels que ceux du Maghreb ou de l’Europe de l’est), que pour la maison mère basée en France par exemple. La main d’œuvre étrangère revient souvent à moins chère que le travail réalisé en France. Une structure ainsi délocalisée permet aussi à l’entreprise d’anticiper et d’accélérer des changements structurels. Dans un milieu compétitif où la gestion du temps est une priorité, l’externalisation va fluidifier et accélérer les mises en œuvre. Avoir recours à un prestataire externe aura du sens, car ce dernier pourra mettre en place les équipes et les moyens nécessaires pour obtenir les mêmes résultats. La flexibilité du prestataire sera appréciable, autant lors des phases de croissance que des phases de décroissance.

Un autre avantage est qu’en raison de la différence de fuseaux horaires, il devient possible de disposer de personnels travaillant en 24h/ 7, mais sans subir les contraintes du travail de nuit. On peut en général mieux contrôler sa trésorerie avec une facture mensuelle ou trimestrielle par exemple dont le montant est connu longtemps à l’avance. Etant donné que ce sont des activités « de routine » qui sont les plus souvent externalisées, cela permet de libérer plus de ressources et d’accorder plus de temps à la société pour développer des compétences cœur de métier ou même pour ramifier dans de nouveaux domaines. L’externalisation se basant sur une relation contractuelle généralement relativement souple permettra aussi de s’engager et de se désengager, selon des modalités qui limitent les coûts d’entrées et de sortie.

Enfin, il n’est pas exclu, si vous travaillez avec une entreprise sérieuse, que l’externalisation vous donne accès à des compétences nouvelles ou supérieures. Idéalement même, vous pouvez espérer faire évoluer le service externalisé dans une double logique d’élargissement de l’offre de services proposée aux clients, tout en essayant de répondre aux évolutions technologiques.

Inconvénients

Il y a cependant des risques dans une telle opération. On peut par exemple parler de facteurs psychologiques. Ainsi, le coût que représente immédiatement l’annonce de ce changement vis-à-vis des équipes établies en France : les personnels en place qui effectueraient les missions à externaliser peuvent s'interroger sur ce choix, craindre pour leur poste, pour la reconnaissance de leurs compétences. A l’inverse, ils peuvent aussi se féliciter de ne plus avoir certaines tâches à faire grâce à l’outsourcing et être enthousiaste à l’idée de se focaliser sur leur cœur de métier. Tout dépend de ce qu’on externalise et de la manière dont on communique.

Dans le même ordre d’idée : un choc culturel risque d’apparaître même si les équipes externalisées sont parfaitement francophones et habituées aux codes professionnels français. Les cultures d’entreprises se ressentent dans les rapports entre les deux entités, aussi une grande vigilance en amont (et a fortiori pendant la mise en place) est indispensable. Il y a aussi la crainte d’un backsourcing rendu impossible (vous n’arrivez pas à réinternaliser) ou d’un changement de prestataire rendu difficile (clauses dans les contrats d’externalisation, modalités de gestion, modalités dans le transfert des compétences, etc).

Externaliser signifie un risque de perte de contrôle. Ce risque se décline pour le niveau de services (qualité), en termes d’image, mais aussi pour le coût dans certains cas. L’entreprise principale risque également de ne plus avoir le monopole de l’information et de ne pouvoir garantir une totale confidentialité.

On doit tout autant considérer les risques de mésententes entre les managements du prestataire et du client. Vient enfin la considération des coûts cachés (effets devise, coûts de transports, etc.) qui peuvent éventuellement réduire, voire neutraliser les avantages économiques initialement prévus.

Tous ces inconvénients peuvent être limité si on se dote d’une bonne méthodologie (interlocuteurs identifiés, procédures claires, déploiement réfléchi en amont, système de suivi et de contrôle adapté, etc.) et surtout si on fait appel au bon prestataire.

Tendances chez les sociétés françaises

De nos jours, le recours à l’outsourcing (tout types d’externalisation confondus) est devenu très courant chez les entreprises françaises. Toutefois, le niveau de maturité du marché dépend des secteurs concernés. L’informatique et l’ingénierie pointent par exemple en tête avec 90 % des entrepreneurs interrogés affirmant y avoir recours. Viennent ensuite la construction avec 75 %, la banque et les assurances avec 78 %. Les fonctions varient  selon la taille de l’entreprise. Pour les plus petites, le procédé concerne d’abord la logistique et le transport alors que les grandes entreprises valorisent essentiellement le recrutement (particulièrement des cadres), le conseil et les infrastructures informatiques. En outre, le nombre de salariés influe directement sur le degré d’externalisation que consent l’entreprise. Les sociétés ayant moins de 50 salariés par exemple, externalisent en moyenne 57 % de leurs services. Celles entre 50 et 100 le font à 79 %, alors que les chiffres pour les plus grandes sociétés atteignent 80 %. La qualité de la prestation et surtout la vitesse de réaction du prestataire extérieur sont les deux principaux points que les entreprises examinent avant une externalisation. Résultat sur l’échantillon interrogé, les entreprises qui affichent une satisfaction constatent une économie de coûts pouvant aller jusqu’à 33 % sur trois ans.

En résumé, l’opération est un choix stratégique qui requiert une bonne préparation afin de créer des conditions idéales pour réussir. Il est par exemple primordial d’échanger des avis avec l’ensemble du personnel qui sera affecté par les changements de structures. Plus encore, il faudra mettre en place un  agenda précis et établi sur le long terme tant pour l’entreprise que pour le prestataire. Enfin il faudra établir des outils de contrôles qualitatifs et quantitatifs pour maîtriser son externalisation.

 

 

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