Épargne salariale : le déblocage exceptionnel est-il vraiment la bonne réponse ?

10 janv. 2026
PAR NICOLAS PEYCRU

Ces dernières années, le déblocage exceptionnel de l’épargne salariale revient régulièrement comme réponse rapide aux tensions sur le pouvoir d’achat.

Le principe est simple : permettre aux salariés de récupérer une partie de leur épargne plus tôt que prévu, sans impôt sur le revenu.

Sur le papier, cela rassure. Dans les faits, l’efficacité reste très discutable.

Dernière piste en date : autoriser un déblocage jusqu’à 2 000 €, réservé aux salariés gagnant jusqu’à deux SMIC, pour les sommes versées avant fin 2025. Objectif affiché : relancer la consommation et alléger un peu la pression fiscale sur ces dispositifs.

Mais cette logique pose une vraie question de fond : est-ce vraiment le bon levier pour aider ceux qui en ont le plus besoin ?

Petit rappel sur l’épargne salariale

L’épargne salariale repose sur trois piliers principaux :

  • L’intéressement
  • La participation
  • L’abondement de l’employeur

Ces sommes peuvent être placées sur des plans dédiés (PEE, PER collectif) avec un cadre fiscal attractif, à condition d’accepter une logique de moyen et long terme.

À l’origine, l’objectif est clair : partager la valeur créée par l’entreprise, encourager l’épargne, préparer des projets comme l’immobilier, la retraite ou la transmission.

Quelques chiffres pour poser le décor

  • Environ 9 millions de salariés bénéficient aujourd’hui d’un dispositif d’épargne salariale
  • Plus de 13 milliards d’euros sont versés chaque année en intéressement et participation
  • Les sommes placées sont exonérées d’impôt sur le revenu (hors prélèvements sociaux)
  • Le PEE est bloqué 5 ans, sauf cas légaux de déblocage anticipé

Sur le papier, c’est un outil puissant. Dans la réalité, son accès reste très inégal.

Pourquoi les déblocages exceptionnels manquent souvent leur cible

Depuis 20 ans, on compte environ cinq dispositifs de déblocage exceptionnel.

Le constat est presque toujours le même :

  • Ils sont surtout utilisés par les salariés des grandes entreprises
  • Ils concernent des personnes qui ont déjà une capacité d’épargne
  • Les salariés modestes touchent souvent leurs primes immédiatement au lieu de les placer

Autrement dit, ceux qu’on veut aider n’ont souvent rien à débloquer.

Ce n’est pas un hasard : les PME et TPE sont beaucoup moins équipées en dispositifs d’épargne salariale que les grands groupes.

Sans oublier que les cas de déblocage existent déjà

On peut déjà débloquer son épargne salariale sans impôt sur le revenu en cas de :

  • Mariage ou PACS
  • Naissance ou adoption
  • Divorce ou séparation
  • Invalidité ou décès
  • Rupture du contrat de travail
  • Création ou reprise d’entreprise
  • Achat de la résidence principale
  • Travaux de rénovation énergétique
  • Situation de surendettement

La liste est longue et pourtant peu utilisée, souvent par manque d’information ou par complexité administrative.

Le vrai enjeu n’est pas le déblocage, mais l’accès

Autoriser un retrait exceptionnel de 2 000 € peut aider ponctuellement. Mais cela ne règle pas le problème principal :

  • L’épargne salariale reste trop concentrée dans les grandes entreprises
  • Les salariés modestes en bénéficient moins
  • La pédagogie autour de ces dispositifs reste insuffisante

Sans accès, pas d’épargne. Sans épargne, pas de déblocage possible.

Repenser le rôle de l’épargne salariale

L’épargne salariale ne devrait pas être vue uniquement comme une réserve de secours.

C’est aussi :

  • Un outil de partage de la valeur
  • Un levier d’épargne progressive
  • Un complément naturel aux projets de vie
  • Un pilier potentiel de la préparation retraite

La vraie question n’est donc pas : « Comment débloquer plus souvent ? » Mais plutôt : « Comment permettre à plus de salariés d’y accéder et de l’utiliser intelligemment ? »

Un débat de fond

Le débat sur le déblocage exceptionnel pose une question plus large.

Veut-on faire de l’épargne salariale un simple outil de consommation ponctuelle ou un véritable outil de construction patrimoniale accessible au plus grand nombre ?

L’enjeu des prochaines années sera moins dans les dérogations temporaires que dans la capacité à démocratiser réellement ces dispositifs, surtout dans les PME.

Et sur ce point, le chantier reste largement ouvert.

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