
Les sneakers de collection ont généré des performances impressionnantes ces dernières années. Mais derrière les records de vente et les plus-values spectaculaires, ce marché reste jeune, volatil et fortement influencé par les tendances.
Pendant longtemps, les sneakers étaient simplement des chaussures de sport. Aujourd’hui, certaines paires sont devenues de véritables objets de collection. Comme les montres de luxe, les grands crus ou les voitures anciennes, elles attirent désormais des investisseurs à la recherche de placements alternatifs.
Cette transformation s’est accélérée avec l’explosion du marché secondaire. Des plateformes comme StockX, Goat ou Stadium Goods ont professionnalisé les échanges et apporté davantage de transparence sur les prix. StockX a même dépassé le milliard de dollars de chiffre d’affaires dès 2019, preuve que le phénomène dépasse largement le simple effet de mode.
Aujourd’hui, certaines sorties limitées provoquent un véritable engouement mondial quelques minutes seulement après leur mise en vente.
Une paire de Nike Air Yeezy s’est vendue 1,8 million de dollars en 2021.
Quelques mois plus tard, une collection de Nike Air Force 1 dessinées par Virgil Abloh a atteint plus de 25 millions de dollars lors d’une vente organisée par Sotheby’s.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la marque ne suffit pas à garantir une plus-value.
La valeur d’une sneaker repose généralement sur plusieurs facteurs : la rareté, l’histoire du modèle, le volume de production, la popularité de la collaboration et l’état de conservation de la paire. Une édition limitée produite à quelques milliers d’exemplaires aura naturellement davantage de potentiel qu’un modèle distribué massivement.
Les accessoires jouent également un rôle important. Une paire conservée avec sa boîte d’origine, ses lacets spéciaux ou ses documents d’authentification peut voir sa valeur augmenter significativement.
L’exemple le plus souvent cité reste la Jordan 1 Retro High Off-White Chicago, dont le rendement annualisé aurait dépassé 116 % sur cinq ans selon certaines plateformes spécialisées.
Les premières années du marché des sneakers ressemblaient à une véritable ruée vers l’or. Les rendements étaient parfois exceptionnels, mais la volatilité l’était tout autant.
Selon des travaux académiques réalisés sur plusieurs milliers de transactions, une rupture importante serait apparue autour de 2019. Avant cette période, le marché était principalement porté par des collectionneurs passionnés et des spéculateurs. Les variations de prix pouvaient être extrêmement brutales.
Depuis, les rendements ont progressivement diminué mais le risque également. L’arrivée de plateformes structurées, l’augmentation du nombre de transactions et une meilleure transparence des prix ont contribué à rendre le marché plus lisible.
Cela ne signifie pas que les sneakers sont devenues un placement sans risque. Mais le marché semble aujourd’hui plus mature qu’il ne l’était il y a cinq ou six ans.
C’est probablement l’aspect le plus méconnu du sujet.
Les recherches menées sur le marché des sneakers montrent que leur comportement diffère fortement de celui des actions ou des obligations. Leur évolution dépend davantage des tendances culturelles, des collaborations entre marques et célébrités ou encore de la rareté des modèles que de la conjoncture économique mondiale.
Cette faible corrélation attire certains investisseurs à la recherche de diversification.
Autrement dit, lorsqu'un portefeuille est composé uniquement d’actions ou d’immobilier, ajouter une petite poche d’actifs alternatifs peut parfois améliorer l’équilibre global du patrimoine.
C’est d’ailleurs la même logique qui pousse certains investisseurs vers l’art, le vin ou les montres de collection.
Contrairement à une action qui peut verser des dividendes ou à une SCPI qui distribue des loyers, une sneaker ne génère aucun revenu.
La seule façon de gagner de l’argent consiste à la revendre plus cher qu’elle n’a été achetée.
Cette différence est essentielle.
La performance dépend entièrement de l’évolution de la cote du modèle et de la capacité à trouver un acheteur au bon moment. Une paire très recherchée aujourd’hui peut perdre une partie de son attrait quelques années plus tard si les tendances changent.
Le risque de liquidité reste donc bien réel.
Le marché des sneakers reste exposé à plusieurs dangers spécifiques.
Le premier concerne les contrefaçons. Certaines copies sont aujourd’hui si sophistiquées qu’elles deviennent difficiles à distinguer des modèles authentiques. Les plateformes spécialisées ont renforcé leurs procédures de vérification, mais le risque n’a pas disparu.
Le second risque est culturel. La valeur d’une sneaker dépend souvent d’une personnalité, d’un artiste ou d’un sportif. Une dégradation de son image peut rapidement affecter la demande. Les marques peuvent également multiplier les éditions limitées, réduisant progressivement la rareté qui faisait la force de certains modèles.
Enfin, comme sur tous les marchés spéculatifs, les périodes d’euphorie peuvent être suivies de corrections importantes.
Les sneakers ont démontré qu’elles pouvaient devenir de véritables actifs de collection. Certaines performances observées au cours des dix dernières années sont impressionnantes et expliquent l’intérêt croissant des investisseurs pour ce marché.
Pour autant, il serait risqué de les considérer comme un placement patrimonial classique. La dépendance aux tendances, l’absence de revenus réguliers et le risque de contrefaçon rendent cet investissement beaucoup plus spéculatif que l’immobilier, les obligations ou même certaines actions.
Pour un investisseur passionné, les sneakers peuvent trouver leur place dans une stratégie de diversification. Mais comme pour le vin, l’art ou les montres, elles doivent généralement rester une poche complémentaire du patrimoine, et non son pilier principal.
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