Les Français utilisent mal leur gros bas de laine

03 Jun 2016
PAR NICOLAS PEYCRU

C’est connu, les « Frenchies » adorent thésauriser. Le taux d’épargne en France figure ainsi parmi les plus élevés au monde. Une spécificité tricolore qui peut étonner compte tenu de notre généreux système de protection sociale. Autant il parait normal qu’un habitant de pays en voie de développement mette de l’argent de côté pour se payer des médicaments ou survenir à ses besoins pour ses vieux jours, autant il l’est moins dans l’Hexagone où l’hôpital public est quasi gratuit et où il existe un minimum vieillesse.

D’autres observateurs diront, au contraire, que nos compatriotes ont raison d’épargner. Sous l’effet de la crise économique, de l’envolée du coût des dépenses de soin et du vieillissement de la population, l’Etat providence va de plus en plus atteindre ses limites financières. Les Français en semblent persuadés. Présentée le 28 mai 2016, l’enquête « Global Investor Pulse » réalisée par BlackRock, l’une des plus importantes sociétés de gestion au monde, auprès de 31.000 personnes issues de 20 pays, confirme le goût prononcé des « Gaulois » pour l’épargne. 87% des 1.000 Français âgés de 25 à 74 ans interrogés déclarent détenir un matelas financier, ce qui les place sans conteste au premier rang des Européens. A titre d’exemple, seulement 79% des Britanniques et 75% des Allemands disent posséder un pécule.

Mais ce qui est le plus troublant et beaucoup plus embêtant, c’est que les Français ne savent pas quoi faire de leurs économies. A peine 33% d’entre eux placent leur argent. Soit 10 points de moins que la moyenne européenne. Du coup, leur bas de laine est constitué à 55% de liquidités. En d’autres termes, le gros de l’épargne des Français dort sur des comptes bancaires et des livrets aux rendements faméliques. En deuxième position arrivent les fonds en euros de l’assurance vie (20%). Investi essentiellement en emprunts d’Etat, ce produit sécurisé présente là aussi une faible rentabilité.

A peine 3% de l’épargne des Français est investi en actions alors même que ce placement est le plus rémunérateur sur le long terme. De tous les pays étudiés par BlackRock, seuls les Colombiens affichent un ratio plus faible ! C’est dire l’extrême méfiance de nos concitoyens vis-à-vis de la Bourse. Leur légendaire aversion au risque va très loin. Selon l’étude de BlackRock, lorsque l’on montre aux Français le rendement des actions et qu’on le compare à celui des liquidités, 23% se laissent certes convaincre à investir tout ou partie de leur épargne en titres d’entreprises.

Mais 50% ne veulent rien entendre et souhaitent que leurs économies demeurent essentiellement constituées de liquidités. Le pire, c’est que 31% des personnes sondées par le gestionnaire d’actifs sont conscientes que le « cash » ne rapporte rien. Dans le cas des dépôts bancaires, les épargnants perdent même de l’argent sous l’effet de l’inflation. Les Français se révèlent donc de piètres investisseurs. On peut se demander si les banquiers ne sont pas en partie responsables de leurs mauvaises pratiques financières. Toujours d’après BlackRock, 51% des Français disent s’informer sur les placements en premier lieu auprès de leur banque. C’est 10 points de plus que la moyenne européenne.

Auteur – Nicolas Peycru

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