Brexit : l’épargnant va-t-il être « out » à son tour ?

29 Jun 2016
PAR NICOLAS PEYCRU

Bien malin celui qui peut prévoir les conséquences du référendum britannique du 23 juin 2016. En votant à plus de 52% pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), les sujets de sa Gracieuse majesté ont précipité leur pays, mais aussi le Vieux continent, voire le monde entier, en terra incognita

La surprise (si ce n’est, la sidération) des gérants passée, comment vont réagir à terme les marchés financiers ? La livre sterling va-t-elle continuer à dévisser par rapport au dollar ? Les valeurs bancaires vont-elles être longtemps massacrées ? Comment vont réagir les banques centrales ? Autant de questions pour lesquelles il est trop tôt de répondre. En attendant, l’épargnant français peut se demander, à juste titre, à quelle sauce (ou plutôt à quelle crème anglaise) ses économies vont être mangées.

Si le flou reste absolu, quelques grandes tendances peuvent d’ores et déjà être tirées. En cette période d’incertitude totale, les places boursières vont plus que jamais être volatiles. Certes, les investisseurs ayant parié sur un « Remain » (un maintien de Londres dans l’UE), les actions avaient grimpé les jours précédant le vote. La baisse enregistrée après le « Leave » correspondrait, pour certaines valeurs, à un retour à la normale, soulignent les observateurs. Il n’empêche, les banques et assurances ne devraient pas sortir de sitôt du purgatoire boursier. Les entreprises liées à la consommation courante, comme celles des secteurs de l’énergie ou de l’agroalimentaire (le Brexit n’empêche pas de prendre un douche chaude ou de manger), pourraient être moins impactées.

Le « Out » ne devrait pas arranger les affaires du fonds en euros. Le « placement préféré des Français » est majoritairement investi en dettes souveraines, dont les fameuses obligations assimilables au Trésor (OAT) à 10 ans. Or, les investisseurs se détournent des actions devenues trop risquées pour placer leurs fonds dans les emprunts d’Etat jugés plus sûrs dont, en premier lieu, les obligations américaines, allemandes et… françaises. Le niveau des taux d’intérêt étant proportionnellement inverse à la demande, l’OAT devrait connaitre des plus bas qui vont peser sur les rendements des supports en euros des contrats français d’assurance vie.

Il y a bien sûr l’or. Le métal précieux va, comme toujours en période trouble, jouer son rôle de « valeur refuge ». Reste que tous les épargnants ne peuvent pas s’offrir un lingot, ni même des Napoléon. En outre, la grande volatilité de l’once est légendaire et son rendement à long terme très décevant. Mieux vaut rester méfiant.

Du coup, il reste l’immobilier. Ceux qui possèdent un bien d’exception peuvent se frotter les mains. Les milliardaires commencent, parait-il, à déserter Londres pour s’installer à Paris ou sur la Côte d’Azur. De quoi redonner du tonus à l’immobilier de luxe tricolore. Mais, là encore, tout le monde n’a pas un loft dans la Ville lumière ou une villa avec piscine sur la « French riviera ». En revanche, les détenteurs de capitaux vont pouvoir s’offrir une maison secondaire moins chère que prévu. Avec la chute de la livre, les Britanniques, qui représentent un tiers des acquéreurs étrangers, vont déserter le marché français déjà morose car souffrant d’une offre trop abondante.

Quoi qu’il en soit, il est urgent d’attendre. L’épargnant a plus que jamais intérêt à ne pas se précipiter. Ce n’est le moment ni de vendre des actions (et risquer d’essuyer des moins-values), ni d’en acheter, comme certains le préconisent (on ne sait pas quand les marchés remonteront). Quant au fonds en euros, il ne faut pas oublier que les capitaux et les intérêts annuels sont garantis par l’assureur. Pas de risque de perte, donc. Un seul mot d’ordre pour l’instant : « wait and see ».

Auteur – Nicolas Peycru

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